Défi "confinés inspirés"

Défi J5 : En paradoxe (2/2)

Aujourd’hui, on explore nos antinomies.
Parce qu’on a bien le droit d’aimer la solitude et la fête, la sieste mais pas les grasses matinées !
Découvrez les textes de Pierre, Denis, Saïda et Monique.

Parler de mes paradoxes (Pierre)

Afin de faire plus ample connaissance, j’avoue que mon attitude paradoxale consiste souvent à refuser d’être placé définitivement dans une case.

Pour moi le paradoxe permet de quitter l’uniformité de la pensée unique.
Même s’il est déconcertant, c’est un puissant stimulant pour la réflexion.
Même s’il est vrai que le danger existe de passer pour un indécis ou un irrationnel voire pire comme un machiavel…
Alors pour résumer, j’aime le paradoxe en évitant de tomber dans l’excès !
Après réflexion j’ai trouvé des exemples de paradoxes dans ma vie courante :

— Dormir : Rester au lit (faire la grasse matinée) est pour moi une perte de temps préjudiciable à l’activité de la journée.
Pourtant je trouve un réel plaisir à faire une sieste après déjeuner .
— Rêver : C’est pour moi un moment très agréable que je cultive souvent quand le temps le permet ou pendant une pause. 
Pourtant je me surprends à rêver même dans une conversation animée ou dans une marche assez rapide.
Parler : Je suis d’un naturel loquace. C’est pour moi un plaisir évident que je partage volontiers avec les gens de mon entourage.
Pourtant je deviens mutique et cela devient une vraie corvée quand je sens que j’ennuie mon interlocuteur ou qu’il y a un trop grand nombre de silences.
Se vêtir : C’est un vrai plaisir quand nous devons effectuer une sortie pour assister à une soirée entre amis ou pour un loisir (théâtre, cinéma).
Pourtant cela me devient une corvée quand je dois m’habiller pour aller faire des courses. Je grogne et je procrastine avant de me décider.
Ecrire : Comme pour téléphoner et correspondre j’ai beaucoup d’entrain à effectuer ces travaux (que j’appelle plaisirs) lorsque les sujets sont libres, et plus encore intéressants et sources d’échanges.
Pourtant je reste silencieux et inaccessible si je les ressens comme une corvée.
Bricoler/Jardiner : Je trouve beaucoup de satisfaction personnelle à bricoler ou jardiner car cela me donne la sensation d’être utile à mon foyer. Pour tous ces travaux que l’épouse n’est pas disposée en général.
Pourtant quand l’envie n’est pas au rendez-vous, je procrastine et je laisse petits travaux et jardinage à l’abandon jusqu’à la dernière limite. Au risque de passer pour un paresseux…

Voilà ces exemples et je fais mienne le formule suivante :
“Qui aime bien châtie bien !”


Examen d’un paradoxe (Denis)

Antimilitariste, non-violent viscéralement convaincu, je reste passionné par l’histoire. L’Histoire avec un « H », celle de l’humanité, celle de notre pays avec ses épisodes grandioses, en particulier celui de l’époque Napoléonienne qui fut dominée par une activité militaire permanente, violente et conquérante.

 Dès mon plus jeune âge, la perspective du service militaire que j’aurais un jour à effectuer m’effrayait. J’ai tout fait pour échapper à la conscription obligatoire, j’ai utilisé le dispositif du sursis pour retarder ce moment tant redouté. Lorsque je fus acculé, à deux mois de mon incorporation, une solution est apparue comme par surprise et m’a permis d’être déclaré dispensé de consacrer douze mois au service des armes. Mais aujourd’hui, je suis partagé quant à l’utilité du service national obligatoire pour tous, car je reconnais que l’apprentissage de la vie en société est l’un des maillons manquants de l’éducation de la jeunesse de notre pays. Je me sens comme en contradiction avec moi-même.

Face à mes convictions antimilitaristes, je suis passionné par l’histoire de Bonaparte que la gloire militaire a conduit au pouvoir suprême, au trône d’empereur auréolé de tant de victoires sanglantes sur tous les champs de bataille d’Europe. La fascination intellectuelle que m’inspire son épopée me fait me prétendre « Bonapartiste » par un facile abus de langage. La violence de l’époque n’est qu’une abstraction aujourd’hui, un spectacle reproduit dans de nombreux films de cinéma. Elle n’est plus ressentie aussi vivement que les horreurs perpétrées au cours des conflits plus récents, ceux du vingtième siècle et ceux plus absurdes encore que l’on appelle couramment « le terrorisme ». Napoléon 1er a été l’un des bâtisseurs de notre civilisation moderne et en cela il est digne d’intérêt. La violence armée a toujours été le moyen de construire les grandes civilisations, de l’Egypte antique à la Chine, à la Grèce puis à l’empire romain, notamment. Des exceptions sont apparues, telles que Gandhi ou Martin Luther King au siècle dernier, mais les armes ont toujours eu raison de leur combat non-violent.

Je hais la violence et les armes, mais paradoxe oblige, j’admire Napoléon 1er Bonaparte.


Cet hôte indésirable (Saïda)

Je cherche désespérément dans mon espace de confinement à m’occuper. Je fouille tous les coins de ma maison pour nourrir mon processus de pensée longtemps habitué à agir comme un robot, conditionnant ma vie dans un rythme effréné. Comment nourrir mes motivations alors que je n’ai plus personne devant moi pour me féliciter, pour dorer mon égo ? 

Je m’efforce de découvrir ce que j’ai perdu, ou plutôt ce que je ne vois pas. Le vide n’avait pas sa place dans mon existence. A quinze jours d’isolement, il est là remplissant tout mon espace intérieur, m’empêchant de penser mes pensées. Hier, nous sommes passés à l’heure d’été. Je ne sais plus si je l’ai rêvé, ou si c’est la réalité. Je bascule inexorablement vers un monde nouveau. Je découvre une partie de moi qui m’était étrangère jusque-là. Cette absence de perception de mon propre fonctionnement interne m’explose au visage ou plutôt au cerveau. 

Pour la énième fois, je me lave les mains. Pour la première fois, je les observe. Ma pensée se tait. Je les considère avec une attention particulière. Ils s’entremêlent, se frottent, se rincent sous le filet d’eau de mon robinet. Un moment suspendu entre le ciel et la terre. Un autre espace-temps s’offre à moi, le mien.Mes mains, mes doigts qui sont leurs prolongements, sont au nombre de dix, cinq à chaque bout de mes gants naturels. Ils sont indissociables et se complémentent pour accomplir des gestes vitaux pour le pire ou pour le meilleur. Ils travaillent en synergie et tiraillent mon être à chaque fois que je les utilise. Ils sont le prolongement de mon corps et vont au-delà de leur mission. Ils s’attellent aux petites tâches du quotidien. Quelle merveille de la nature ! Ils soignent et transmettent la lumière ou l’ombre, avec une dextérité extraordinaire. Ils sont au nombre de cinq à chaque extrémité de main. Ils ont une signature singulière pour chaque être que nous sommes, cette empreinte digitale unique qui nous distingue des autres et qui nous rassemble pourtant dans un tout commun.


(Monique)

En temps habituel il m’arrive de souhaiter ne rien avoir à faire.

Et en ce moment, je me surprends parfois à penser : qu’est-ce que je pourrais faire?

Je trouve l’idée de Julie « inspirés, confinés » très intéressante. Les deux premiers jours, très motivée, j ’écris. 
Le troisième jour, le thème du logo rallye me plaît bien, je note quelques idées, la journée passe et j’en reste là. Dommage !

Au cours de mon premier grand voyage – 4 semaines – j’ai rédigé un carnet de voyage. C’était un plaisir et ça l’est encore d’y revenir parfois à l’occasion de telle ou telle évocation.
Maintenant, je commence un carnet à chaque voyage mais je ne le termine jamais. Je me dis qu’après je prendrai le temps… mais après ça ne va pas plus loin….

1 Comment

  1. Merci Pierre, Denis, Monique pour vos textes…. Ce mouvement de vie perpétuel qui voyage entre deux actions opposées mais si complémentaires , car l’une ne peut exister sans son autre moitié me fascine….

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