Défi "confinés inspirés"

Défi J12 : Le contre-pied (1/3)

Une tentative de sortir de soi… J’ai proposé aux participants d’imaginer l’inverse de la réaction qu’ils auraient eue naturellement face à une situation donnée. Alors, si leur texte reflète la plus extrême zénitude, une colère bouillonnante ou encore une attitude fielleuse… Sachez que leur auteur pensait tout le contraire !
Ici, un ami vient de décommander sa venue par texto…

Photo : Freestocks


(Liliane)

Tiens, des nouvelles sur le portable, par SMS une heure avant la cérémonie de mariage…

Ah, ils ne viennent pas parce que Michel a peur de la foule…

Tant pis, ce n’est pas grave de recevoir un SMS sur le portable pour une telle nouvelle. Ils n’ont sans doute pas le temps de téléphoner parce que, quand même, ils ne doivent pas avoir peur de ma réaction tout à fait positive à l’annonce de cette information !

La foule, oui, oui, il y a une centaine de personnes qui seront présentes, et plus au vin d’honneur. Bon, ils ne connaissent pas tout le monde alors, je les comprends.

Et puis, s’ils n’ont pas envie de venir, ce n’est pas très important, ce n’est que mon mariage, moi qui suis sa meilleure amie depuis… ouh, depuis plus de 30 ans.

Je ne vais pas leur en vouloir, nous continuerons à nous voir et à nous téléphoner régulièrement, pas de souci !


(Denis)

Il y a bientôt un an, au cours de l’un de ces dîners auxquels nous participions régulièrement tous les quatre, Jean, Pierre, Guy et moi, l’idée d’un week-end à Saint-Andrews en Ecosse fut lancée. Nous en rêvions tous secrètement depuis de nombreuses années, mais n’avions, ni les uns ni les autres, jamais songé que ce projet pourrait un jour être concrétisé. De l’idée aux actes, il fallut peu de temps et de réflexion face à notre enthousiasme partagé. Nous avions rendez-vous après-demain matin, à 6h30, à Roissy en salle d’embarquement du vol pour Glasgow après avoir chacun enregistré notre imposant bagage composé d’un sac de golf lourdement chargé du matériel de jeu, des accessoires indispensables, de quelques vêtements de rechange et d’un nécessaire de toilette rudimentaire.

            Il y a moins d’une heure, mon téléphone a vibré et tinté, m’annonçant la réception d’un SMS. Sur l’instant, je n’y ai pas prêté grande attention. Puis, par curiosité, je me suis décidé à prendre connaissance du message dont l’arrivée avait troublé la courte sieste que je m’étais accordée en ce début d’après-midi. L’émetteur était Pierre et le contenu lapidaire : « Je ne serai pas du voyage ce week-end. A bientôt. »

            Tout s’écroule, comme ça, brutalement, sans préavis. Le rêve est passé… Quelques instants plus tard ma colère guide mes décisions fracassantes. Première chose à faire : annuler toutes les réservations que j’avais faites pour le groupe, l’avion, la voiture de location, l’hôtel pour 2 nuits et ses 4 chambres individuelles, la table du restaurant pour le dîner de samedi soir, puis et surtout le départ prévu pour 4 joueurs à 10h18 samedi matin au tee numéro 1 de l’Old Course de Saint-Andrews. Cette réservation avait été obtenue de haute lutte, après de nombreux appels téléphoniques il y a 8 ou 9 mois et règlement de l’intégralité du prix des green-fees (une petite fortune !). Jouer à la Mecque du golf, sur le parcours le plus célèbre du monde que tout joueur doit avoir arpenté au moins une fois dans sa vie, c’était notre but ultime, le privilège que nous avions décidé ensemble de nous offrir et de partager.

            Ensuite, appeler mes compagnons d’infortune, Jean et Guy, pour les informer de ce coup du sort, de la trahison de celui que nous avons si longtemps cru être notre ami commun. Il me faut partager mon ressentiment, que dis-je, ma haine et ma volonté de vengeance. C’est avec les injures que je parviendrai peut-être à faire tomber la pression et la colère.

            Enfin, répondre à l’odieux individu, le dénommé Pierre. Il me faut taper là où cela fera le plus mal, à son portefeuille qu’il gère avec le plus grand soin, celui des avares ! En guise de prise d’acte de sa défection, il recevra l’addition à nous rembourser : tous les frais engagés pour le groupe et versés à fonds perdus. Ce sera salé ! Maintenant, je comprends pourquoi il ne s’était occupé de rien, n’avait rien versé comme arrhes, se contentant de promettre de payer sa part au retour de notre voyage. « Il va voir qui c’est Raoul ! », pas un Tonton Flingueur mais un vrai méchant quand il est en colère. Et pour clore la séquence, il se verra signifier la fin de notre « prétendue » vieille amitié. Je ne veux plus, nous ne voulons plus, entendre parler de lui à l’avenir, nos portes lui resteront closes, ses appels rejetés et ses messages de toutes sortes effacés sans être lus. C’est ainsi que doit être jugé un traitre, un fourbe de la pire espèce, un Judas… Et il devra se trouver heureux que nous ne trouvions pas le moyen d’éclairer sa charmante épouse sur ses écarts de conduite ! Je dis ça, je ne dis rien, mais il y a de quoi faire exploser sa jolie petite vie de mari modèle…


Absence des amis (Margaux)

Les Amis
De Paris

Ne sont pas là
Ils ne viendront pas
C’est la cata !

J’ai dévalisé 
Le supermarché
Ai concocté
Plein de petits plats
Avec maestria

Mince, je fulmine
Ai grise mine

Fais du yoga
Ou mange du chocolat
Dé-stresse tu te rattraperas

Ce n’est que partie remise
Arrête tes bêtises


(Michèle)

Deux jours avant le week-end, planifié à plusieurs, depuis longtemps, Lise m’a envoyé un texto pour annuler sa venue…

En lisant son texto, je n’étais pas contente, à la limite énervée car je tenais beaucoup à recevoir Lise. Je me faisais une joie d’avoir tous mes copains, là dans ma maison. Lise est l’amie idéale, amusante, rigolote même, sachant relier les oppositions. Et dieu sait qu’il y a beaucoup de caractères différents dans notre petit groupe.

Je regardais le texte de Lise sur mon portable, comme si elle était en face de moi. Bon, puisque Lise sait que je ne vais pas être aimable, qu’elle s’attend à un autre texto où je vais la supplier, non, l’implorer, lui dire que… une petite voix me dit de ne pas perdre mon énergie et que cela ne sert à rien de toute façon.

En réfléchissant, je pense que oui cela m’ennuie qu’elle ne vienne pas. Mais Lise n’a-t-elle pas mis un peu de perfidie pour me laisser seule avec mon petit groupe très remuant, déjanté, prêt à tous les excès pour un week-end qu’ils veulent tous exceptionnel ?!

Je reprends mon portable et je me surprends à lui laisser ce message :

Coucou ma petite Lise, je comprends parfaitement que tu sois obligée d’annuler au dernier moment… Ne t’inquiète pas, je vais organiser autrement ces deux jours. Ta sœur a besoin de toi. C’est elle ta priorité. Bisous, Bisous.

Je suis satisfaite de ce message. De moi aussi. Ma copine a voulu se moquer de moi en me faisant croire qu’elle se rendait chez sa sœur, j’ai joué le jeu. Je savoure ma réponse comme une bonne blague. 

Je sais parfaitement que Lise a décommandé au dernier moment pour rejoindre son amant !


Super réaction (Alice)

Nous sommes jeudi et dans deux jours je pars avec mon copain et mes amis Geoffrey, Cholé, Mathilde et Romain dans les calanques, où nous avons loué un petit gîte. Nous avons décidé de cela il y a quatre mois, alors que nous étions tous encore en confinement. Je rêve éveillée à la plage et à la mer quand mon téléphone vibre. Message de Romain : « Hey. Je ne vais finalement pas venir ce week-end, j’ai un dîner samedi ».

Chic alors ! Un dîner ? Comme cela est réjouissant ! Effectivement, un dîner, ça ne se rate pas, me dis-je. Je réponds immédiatement à Romain sur la conversation commune : « Super contente pour toi ! On pensera bien à toi depuis le gîte, petit veinard J ». J’enchaine avec un message à mon copain : « T’as vu le message de Romain ? C’est vraiment gentil qu’il nous ait prévenus ! ».

 J’appelle Romain pour lui demander s’il souhaite des recommandations de restaurant pour son dîner. Je connais pas mal de bonnes adresses et si je peux lui filer un petit coup de pouce pour sa soirée de samedi, je le ferai avec grand plaisir. Il ne répond pas : il doit être très occupé avec les préparatifs. 

Je repense au week-end : pas de souci pour les dépenses, on répartira sans problème la part de Romain, même si je suis au chômage depuis le coronavirus. 

Je me dis encore une fois que vraiment, c’est un chic type. S’il était venu malgré tout, il aurait raté son dîner ou aurait dû le reporter. Il y aurait surement pensé et aurait été de moins bonne compagnie. Je suis absolument convaincue que c’est ce qui l’a persuadé d’annuler : par générosité pour nous, il a préféré ne pas nous imposer une présence moins légère qu’à l’habitude. 

Soudainement, je réalise : mais quelle égoïste je fais ! Nous devrions tous annuler notre week-end pour permettre à Romain de venir tout de même plus tard : comme ça nous ne perturberions pas ses plans. Si nous partons, il risquerait par ailleurs d’être préoccupé par le week-end pendant son dîner, comme il l’aurait été du dîner pendant son week-end. Malheur ! Nous aurions tout gâché. Je suis résolue à tout annuler et je me réjouis de cette décision. 

Nous sommes jeudi et dans deux jours, je serai dans mon appartement cosy de 15 mètres carrés. Je rêve éveillée au dîner de Romain, quand mon téléphone vibre. Message de Romain : « Vous comprenez, je n’ai pas vu mes parents depuis deux semaines, c’est très important que je dîne avec eux : ils ont acheté un nouveau chien ».
Je souris : quelle merveilleuse nouvelle ! 

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