Défi "confinés inspirés"

Défi J 13 : Le temps de… (3/3)

Pour ceux qui ont « davantage » de temps, comment le remplissent-ils en période de confinement ? 
Qu’est-ce qui a changé ?
Lisez les textes d’Anne-Marie, Margaux, Pierre et Isabelle !

Photo : Karolina Grabowska


Musique ! (Anne-Marie)

La musique, oui la musique !
Je ne fais rien sans musique depuis quelques jours.
Pourtant, à l’origine je suis une accro à la télévision, je suis née avec.
Mais là, plus rien ne m’intéresse, la seule chose, la musique, une vraie drogue.
Tout faire avec la musique.
Je lis et mets un concerto de Mendelssohn.
J’écris et écoute un Ave Maria de Caccini.
Je passe l’aspirateur avec Patrick Bruel à fond.
Je mange, je me couche, je dors avec la musique.
Toutes sortes de musique, le classique, la variété, les grandes voix.
Je me saoule à la musique.
Le matin, je commence en jouant au piano, cela me détend.
Avant, je ne prenais plus le temps.
Et tout est bon pour l’écouter, j’ai harcelé ma fille pour qu’elle me trouve des hauts-parleurs pour mon téléphone, ce n’était pas assez intense.
J’écoute aussi sur la chaine stéréo, la petite chaine de ma chambre, la salle de bain, les toilettes.
Dans la cuisine, je mets mon ordinateur portable avec 2 baffles.
Je deviens irascible quand on me dérange.
Je ne sais pas comment cela va finir, très mal c’est sûr si je ne me calme pas.
Je suis excessive en tout, je ne connais pas mes limites et pourtant, il va bien falloir.
Je rêve de jouer du violon avec Renaud Capuçon, de chanter avec Ginette Reno ou Josh Groban.
Je passe d’une émotion à une autre, des rires aux larmes.
Je n’ai même pas de temps à combler.
Ah mince, j’ai oublié de refaire mon lit et je dois prendre ma douche, il est 19h44, il est temps.
Ouf, j’ai donné à manger aux chiens et poissons…


Je dévore… les livres (Margaux)

Je dévore les livres depuis ce confinement. Ainsi les heures passent plus vite. J’oublie un peu tous ces tracas, surtout de ne pas voir mes petits-enfants. Ça c’est vraiment dur.

Alors, je m’hypnotise dans des mondes différents et j’oublie tout le reste. Je possédais déjà un monticule de livres à côté de mon lit attendant avec impatience que je daigne leur accorder quelque intérêt. J’en ai déjà avalé une bonne petite collection. Tout y passe, roman, autobiographie, policier, etc.
Cela me permet de m’évader par la pensée, de ne faire qu’un avec les personnages de fiction ou autre, d’être intriguée par le déroulement de l’histoire. Que va-t-il se passer ? Oh mon dieu ! je n’avais pas imaginé cela…. 

J’échappe ainsi à ce monde bizarre comme si j’étais transportée à d’autres époques. Le temps est suspendu ainsi jusqu’au dénouement de l’histoire.


Nos ancêtres… (Pierre)

J’ai mis quelque temps à retrouver cette occupation privilégiée mais accaparante… 
Il me fallait choisir parmi celles qui étaient occasionnelles ou qui nous occupaient trop peu de mon temps, celles pénibles à exécuter ou que j’accomplis souvent à contrecœur.

Il y avait bien cette occupation que j’avais un peu abandonnée…
Je manquais alors des moments suffisants pour produire un travail sérieux et constructif. Faute de ce précieux temps, je la remettais sans cesse à plus tard. Pourtant ce “un peu plus tard” ne venait jamais. Le temps me filait entre les doigts. Il y avait toujours un contretemps le matin ou l’après-midi pour empêcher la concentration indispensable pendant deux heures d’affilée.…

Aujourd’hui la période de confinement m’a permis de remettre toutes les pendules à l’heure, de réfléchir à l’organisation, au fonctionnement et à notre indispensable espace de liberté. Pour éviter l’anxiété et tromper la peur du vide j’ai donc repris avec entrain et plaisir mes recherches généalogiques.

La matière n’a pas de fin programmée à court terme. 
Elle court sur des générations et traverse les villes, les villages et les différents âges. Elle associe la recherche, l’étude, les enquêtes et les comparaisons entre les homonymies, les dates et les lieux de naissances, de mariage et de décès.

En cas d’erreur sur un ascendant, il faut recommencer tout ce qui le concernait ainsi que toute sa lignée. Cela m’a évidemment appris à devenir prudent et plus patient et circonspect.

Pour corser l’affaire j’ai doublé les données des arbres du logiciel ad hoc sur un fichier indépendant que j’entretiens sous Excel. Je me méfie toujours des pseudos progrès de l’informatique. Cela demande du temps pour avancer, mais quelle belle joie intérieure lors de la découverte d’un nouvel ancêtre. 

J’ai ainsi mis à profit le temps du confinement !


Éloge de la paresse (Isabelle)

Je suis une hyperactive et j’ai toujours trente-six mille choses à faire. Mon planning est tellement chargé que vingt-quatre heures ne peuvent suffire à tout réaliser. Je cours en permanence contre la montre, pour m’effondrer chaque soir, frustrée d’avoir manqué de temps pour tout faire…

Et puis voilà le confinement ! Plus d’activité professionnelle !

Les premiers jours je ne savais plus pourquoi je me levais, mais je me levais quand même à mon heure habituelle. Et, pour combler mes heures creuses, me lançais frénétiquement dans une foule d’activités plus ou moins nécessaires : le grand ménage, le jardin, le tri des vêtements, le tri des papiers, le tri des photos… 

Mais, comme une bicyclette en roue libre perdant de sa vitesse, je me suis mise peu à peu à ralentir. Prévoir moins de choses et faire durer mes occupations devenaient urgent avant de tomber en panne sèche.

J’ai donc commencé à traîner au lit le matin en écoutant la radio, pour retarder l’heure du lever. Ce fut d’abord 7h30, puis 8h, puis 8h30… Aujourd’hui, je ne pose plus le pied par terre avant 9h. Paresse ! Paresse !

Et puis mon petit déjeuner, pris autrefois en 10 minutes, s’étire maintenant sur plus de 30 minutes. Même chose pour le déjeuner… Egalement pour le dîner qui ne débute jamais dorénavant sans un petit mojito léger… Paresse ! Paresse !

Ensuite, les après-midi s’écoulent paresseusement au soleil. Sieste, farniente et bavardages interminables au téléphone sont le quotidien de mes journées. Les yeux dans le vague, je rêve en admirant les couleurs du printemps qui explosent dans mon jardin.  Paresse ! Paresse !

Et la journée décline enfin, lentement, tandis que je m’effondre sur le canapé pour suivre mon émission favorite. Paresse ! Paresse !

Bref ! Toute frénésie m’a abandonnée et je ne trouve même plus la motivation d’entamer un livre. Chose inouïe, j’en suis venue à procrastiner sans  aucun scrupule. Je ne me reconnais plus ! 

Mais quelle était donc la raison de mon agitation passée, quand rêver et paresser suffisent à occuper une journée ?

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