Défi "confinés inspirés"

Défi J7 : Ce qui nous comble (2/4)

Du sourire qui nous fait exploser le coeur à l’indicible qui nous transporte loin…
Quel est votre moment de grâce ?
Michèle, Pierre, Eglantine et Saïda partagent leurs instant…

Photo : Strikers

Au détour d’un chemin de terre (Michèle)

Me laissant guider, je quitte cette longue route bitumée pour prendre sur la droite un chemin plus conforme à mon esprit. Un vrai chemin de terre avec les herbes hautes et fleurs sauvages au milieu d’un soleil s’étirant voluptueusement. Un petit lieu-dit… le moulin… mon cœur bat la chamade… Cette bâtisse me replonge avec délice dans mes souvenirs merveilleux où s’égrenaient les joyeuses réunions familiales avec mes enfants et mon frère Claude.

J’adore les moulins. Âme enchantée de mon enfance quand je lisais « Les lettres de mon moulin » au milieu d’une grande prairie de boutons d’or, de bleuets, carottes sauvages et pissenlits en compagnie des vaches que je gardais avec la fermière du hameau. Car moi, petite fille de la ville, il était important que je connaisse la vie des champs.

Tout en me souvenant de ces fragments de ma vie, je continue d’avancer pensant trouver de l’eau. A ma droite, je vois un taillis de mûres. A foison. Elles sont belles, grosses et bien noires.
Je grapille et me régale sans retenue. Décidée au bout d’un moment à faire une pause, je lève les yeux. 

Un monsieur avec son vélo à la main avance tranquillement sur le chemin de terre. Arrivé à ma hauteur, il me fait un gracieux sourire. Du coup, je lui demande si c’est bien le chemin pour rejoindre Rambouillet. 
Visiblement ce promeneur est aussi content que moi de faire la causette :
– C’est un très joli chemin de campagne. Il faut compter à peine 4 km pour rejoindre Rambouillet. Vous allez trouver, juste après le tournant, un château dont j’ignore le nom puis plus loin, la ferme et un étang. Tout ce qu’il faut pour vous plaire.

Je regarde avec amusement mon inconnu. Je pense en moi-même que la gourmandise ouvre tous les sujets d’amabilités.
Enfourchant son vélo, mon randonneur me salue et me lance en me faisant un signe de la main :
– N’oubliez-pas de me laisser un peu de mûres…    


Les instants de grâce (Pierre)

Dans le recueillement et la solitude autour de moi, j’adore retrouver ces instants de grâce qui font du bien à l’âme.
Il faudra que je retienne ces moments, qu’ils durent encore un peu de temps afin qu’ils s’impriment dans ma mémoire…

Par exemple c’est le plaisir toujours renouvelé de prendre une feuille de papier encore vierge et commencer à tracer des lignes qui courent et qui expriment des sentiments ou ma pensée du moment. Elles avancent petit-à-petit et j’ai ce plaisir solitaire comme celui du marin à la barre de son bateau…

Mais l’été, pendant la chaleur du début d’après-midi, mon moment de prédilection c’est la sieste bienvenue.
Je m’isole alors après le déjeuner pour goûter ce plaisir propice à la réflexion. Il faut faire le silence et juste laisser un filet de lumière percer à travers les jalousies de la fenêtre. Ainsi je pourrai rêver en voyant les minuscules poussières en suspension…
Je m’allonge avec plaisir sur mon lit, avec cette pensée de revanche vis-à-vis des directives de ma défunte mère qui interdisait toujours de défaire un lit dans la journée….


(Églantine)

Les moments de grâce sont des instants de bonheur. Petite joie ou grande exaltation, ils apportent un sentiment de plénitude. Partagés, on se connecte au monde. 

Un beau ciel rose qui inonde la cuisine d’une lumière chaleureuse.
Une blague bien sentie, un rire collectif, parfois jusqu’aux larmes, et une amitié soudée à jamais. 
Un prix remporté en festival. La joie et la fierté qui explosent dans un cri. 
Le sourire esquissé devant un souvenir capturé dans une photo.
Le frisson que l’on ressent la première fois qu’on entend une chanson qui nous accompagnera longtemps. 
Le déclic à la fin d’une bonne histoire, l’instant précis où tous les éléments se mettent en place. Quand la dernière pièce du puzzle est révélée, et que notre cerveau semble s’arrêter pendant une seconde face à ce coup de maître. 
Et bien d’autres encore…

Ce qui me comble, ce sont tous ces moments éphémères qui, une fois passés, me donnent envie de les revivre indéfiniment. 


Petite abeille (Saïda)

Je me méfie de cette abeille qui importune ma tranquillité à chaque fois que je m’installe au fond de mon jardin. Que me veut-elle ? Elle est toujours là… « Bzz… », Silence et « Re Bzz…» …

«  Qui es-tu, créature minuscule ? Pourquoi me déranges-tu ? »

Plus je te regarde, plus ma pensée s’enflamme. Je plonge dans ton univers, et là, stupeur ! Je remarque ce petit trou dans les joints du mur en pierre : Tu t’y engouffre et tu ressors, tu disparais et tu reviens « Bzz… ». Non, non, non… C’est ta maison. 

Quelques solutions s’offrent à moi :

  • Soit je bouche cet orifice, et tu iras en faire un autre ailleurs,
  • Soit je te tue,
  • Soit…

Oui bien sûr, je te dérange. Je comprends même pourquoi tu as choisi cet endroit. Tu ne voulais pas me piquer. Qui suis-je pour penser que tu étais là pour moi ? Ah oui, cette espèce humaine qui pense être au sommet de la chaîne alimentaire…

  • Et toi ? 
  • Qui domines-tu ?
  • Qui te domine ?
  • De qui es-tu la proie ?
  • De qui es-tu le prédateur ?

Je me distance doucement de mon processus de pensée et plonge délicatement dans le tien. J’éteins mon cerveau pour laisser parler mon cœur. 

  • Soit…Soit…Soit… Je pars et te laisse la place…

Et dans un élan d’un tout uni, je prends mes affaires et me mets en quête d’un nouveau lieu.
Je t’aime très chère abeille.

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