les singes de la sagesse
écrire son autobiographie

Faut-il s’autocensurer dans son autobiographie ? (1/2 : ce qu’on risque à tout déballer)

Il est des débats qui reviennent régulièrement en atelier, dont celui que je baptiserai l’autocensure.

Puis-je tout dire lorsque je raconte ma vie ? De quel droit me permettrais-je de juger certaines personnes, certains événements ? Ai-je la légitimité pour interpréter certaines situations ou comportements auxquels j’ai fait face ?

Voici quelques éléments de réponse, qui n’engagent que ma petite personne.(mais puisqu’il faut donner son avis, voici le mien !).

Je m’y lance en deux parties, pour épargner vos yeux de lecteurs ! Commençons avec les problèmes, conflits et autres risques que peuvent engendrer vos écrits…

 

Autocensurer ses écrits, non, mais de la nuance toujours !

Vous ressentez intuitivement, lorsque vous racontez certains épisodes délicats, que vous avancez en terrain glissant… Parce que vous avez été témoin ou acteur d’une situation qui a mal tourné, ou que vous vous apprêtez à dire quelque chose de désagréable sur une personne ou un événement.

Faut-il dire cette chose et à quels problèmes vous exposez-vous ?

– La diffamation.

C’est un sujet épineux auquel il faudra faire attention (mais je ne suis pas juriste, non plus, hein…). Ne mettez jamais quelqu’un en cause si vous n’avez pas la preuve tangible de sa responsabilité.

Une définition s’impose, et je suis allée la chercher sur le site de l’administration française.

 La diffamation est une allégation qui porte atteinte à l’honneur et à la considération d’une personne. La diffamation peut être raciste, sexiste, homophobe. Elle relève d’une procédure spécifique permettant de protéger la liberté d’expression.

Et je vous invite vivement à aller consulter la page complète si vous avez l’intention de régler vos comptes… Car même la diffamation “non publique” (allégation prononcée devant un cercle restreint de personnes, tel que la famille) peut porter à conséquences.

Ceci étant dit, passons à autre chose !

– Faire de la peine.

Lorsqu’on écrit, il est primordial de penser à son lecteur, c’est le b.a.-ba.

Vous avez envie ou besoin d’exprimer un sentiment, de révéler un fait, mais vous savez que vous allez choquer, blesser ou énerver vos futurs lecteurs ? Plutôt que de penser à l’adage “toute vérité n’est pas bonne à dire”, je préfère vous conseiller de nuancer vos propos. Après tout, si vous choisissez de raconter cet épisode ou d’expliquer votre point de vue ici et maintenant, c’est que vous avez de bonnes raisons de le faire.

Mais vous pourrez sans doute ménager vos lecteurs en insistant sur le fait que vos propos relèvent uniquement de votre ressenti personnel. Glissez quelques expressions telles que “pour moi”, “de mon point de vue d’enfant/d’adulte”, “je considère personnellement que…” et endossez pleinement la responsabilité de vos écrits.

Les écrits aux accents biographiques sont régulièrement l’objet de brouille dans les familles, en témoignent de grands écrivains français comme Lionel Duroy avec Le Chagrin, Delphine de Vigan après Rien ne s’oppose à la nuit ou Edouard Louis qui s’est mis son village à dos avec Eddy Bellegueule… (Trois livres formidables au demeurant !)

– Vous tromper.

Une chose est claire : vous ne détenez pas LA vérité (si tant est qu’il en existe bel et bien une, mais c’est un autre sujet) et votre regard sur les gens et les personnes s’avère presque forcément biaisé. Je ne vais pas m’embourber dans ce sujet philosophique si vous le voulez bien…

Pour me tirer du guêpier, je citerai Philippe en exemple (et j’espère qu’il ne m’en voudra pas) qui nous dit, en atelier, ne vouloir “écrire que sur des faits objectifs” et “ne pas se sentir le droit de juger qui que ce soit”. Louables intentions ! Mais il est difficile de ne pas interpréter ce qu’on a vécu, surtout avec le recul, et le récit de vie cherche intrinsèquement à comprendre, analyser, évaluer et tirer des conclusions.

A côté de la vision, sans doute plus historique, de Philippe, se trouve une volonté plus psychanalytique pour certains. Mais chercher à comprendre et à savoir la vérité, ce n’est pas forcément y parvenir.

Une fois encore, nuancer ses propos et présenter clairement la subjectivité du point de vue de celui qui écrit me semblent la meilleure solution.

 

Mais attendez, ne vous sauvez pas, n’ayez pas peur d’écrire et lisez immédiatement pourquoi il ne faut pas s’autocensurer dans son autobiographie !

De votre côté, que redoutez-vous personnellement, en écrivant votre vie ?

2 Comment

  1. Bonjour Julie,
    je ne sais pas si je fais bien, mais quand un passage est délicat à raconter, je fais de telle manière
    que l’on sente bien que c’est bien moi, avec mes mots, mes attitudes, qui a vécu cet événement de cette manière. Je n’hésite pas à me mettre en cause quand je raconte. Mais j’y met du recul. Je deviens le voyeur de ma propre histoire. Avec ce recul, je laisse la porte ouverte. à mon lecteur qui lui peut-être réfléchira d’une autre façon. Car si j’éprouve le besoin de l’écrire, c’est que cela a été important soit pour mon évolution personnelle, familiale, soit cela a peut-être bouleversé le cours de ma vie. Mais avec du tact, sans accusation, je pense que les sujets même difficiles peuvent être abordés.

    1. Michèle, c’est tout à fait la bonne méthode !
      Raconter les événements douloureux par le prisme de son ressenti plutôt qu’en réécrivant l’histoire permet d’éviter les règlements de comptes…
      Le lecteur comprend alors que plutôt que les faits qui se sont déroulés (qui avait tort ou raison ? ce n’est sans doute plus la question…), c’est bien l’impact qu’ils ont eu sur la vie de l’auteur qui importe ici.

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