écrire son autobiographie Lectures inspirantes

Lectures : mon TOP 5 en 2019

Voici une courte sélection des lectures qui auront marqué mon année. Clairement autobiographiques ou dévoilant une facette de l’art de (se) raconter, ces livres m’ont tous beaucoup plu. Ou beaucoup beaucoup plu !
Ils ne sont pas sortis en 2019 (sauf le premier), mais on s’en moque, non ?!
Allez, c’est parti !

Photo : Huyn Dat

1 – LE coup de cœur : Avant que j’oublie d’Anne Pauly

Coup de cœur, coup de foudre… C’est bien simple, ce premier livre d’Anne Pauly m’a subjuguée. Cela faisait longtemps qu’une voix ne m’avait pas enthousiasmée à ce point.
L’auteure y raconte la mort de son père : son décès, l’enterrement puis le deuil qui suit. 


Un sujet difficile, mais admirablement cerné et porté par une écriture délicate, vibrante, originale. 
Elle est très forte, Anne Pauly, pour entrelacer le trivial et le sublime, le tragique et la loufoquerie, le drame et l’humour.
Une vraie perle.

Extrait

Ça commence comme ça :

Le soir où mon père est mort, on s’est retrouvés en voiture avec mon frère, parce qu’il faisait nuit, qu’il était presque 23 heures et que passé le choc, après avoir bu le thé amer préparé par l’infirmière et avalé à contrecœur les morceaux de sucre qu’elle nous tendait pour qu’on tienne le coup, il n’y avait rien d’autre à faire que de rentrer. Finalement, avec ou sans sucre, on avait tenu le coup, pas trop mal, pas mal du tout même, d’ailleurs c’était bizarre comme on tenait bien le coup, incroyable, si on m’avait dit. On avait rangé les placards, mis la prothèse de jambe, le gilet beige, les tee-shirts et les slips dans deux grands sacs Leclerc, plié la couverture polaire verte tachée de soupe et de sang, fait rentrer dans la boîte à médicaments – une boîte à sucre décorée de petits Bretons en costume traditionnel – le crucifix de poche attaché par un lacet à une médaille de la Vierge, à un chapelet tibétain et à un petit bouddha en corne.

2 – Virtuose : L’Art de perdre d’Alice Zeniter

Il se dit parfois que s’échapper prend plus de temps que prévu, et que s’il n’a pas fui aussi loin de son enfance qu’il le souhaiterait, la génération suivante pourra reprendre là où il s’est arrêté.

Prix Goncourt des lycéens en 2017, l’Art de perdre est la fresque d’une famille de Harkis, sur trois générations.
Magnifiquement raconté et très bien documenté, ce livre retrace le destin d’Ali, paysan de Kabylie, et de ses descendants. Un destin bouleversé par la Guerre d’Algérie où l’absurde et l’injustice vont orienter le cours des existences. 
L’écriture est splendide et le roman si fluide qu’on pose difficilement le livre… On y apprend beaucoup sur cette période historique encore taboue et j’ai véritablement eu la sensation d’écouter une écrivaine importante.

Extrait

– Dis-moi quelque chose, toi. Moi je m’ennuie… 
Ali hésite et puis, il lâche, tout à trac : 
– Je suis devenu jayah. 
C’est la première fois qu’il avoue ce sentiment. Il sait que, même si Mohand n’est pas un ami, il peut le comprendre. C’est comme cela qu’on désigne l’animal qui s’est éloigné du troupeau et l’émigré qui a coupé les liens avec la communauté. Jayah, c’est la brebis galeuse. Celui qui n’a plus rien à apporter au groupe, qu’il s’agisse de la famille, du clan ou du village. Jayah, c’est un statut honteux, une déchéance, une catastrophe. C’est ce que ressent Ali. La France est un monde-piège dans lequel il s’est perdu.

3 – Indispensable : Idiss de Robert Badinter

Robert Badinter rend un hommage bouleversant à sa grand-mère, Idiss, originaire de Bessarabie (région à la lisière de la Roumanie), qui a fui l’empire tsariste et les pogroms des juifs de l’ancien « Yiddishland ».
En France où elle se réfugie avec mari et enfants, les valeurs laïques et républicaines du pays vont permettre à Idiss, désormais apatride, de chérir une famille qui s’accroît. Mais le répit est malheureusement de courte durée car la seconde guerre mondiale va broyer tous les espoirs.
Idiss est un livre très émouvant pour la tendresse qui se dégage à chaque page, sous l’écriture à la belle facture classique de Robert Badinter. C’est également un témoignage terrifiant qui nous replonge dans l’horreur de l’antisémitisme et du nazisme.

Extrait

Idiss vient nous embrasser. J’ai conservé le souvenir du parfum d’eau de Cologne dont elle se versait deux gouttes derrière les oreilles avant de “sortir”, comme elle disait. Ce parfum- là, quand il m’arrive d’en percevoir l’odeur des décennies plus tard, évoque son visage penché vers moi pour me donner un dernier baiser. Je ferme les yeux. C’est mon enfance revisitée.

4 – Haletant (et drôle) : La Serpe de Philippe Jaenada 

Le truculent Philippe Jaenada mène son enquête sur un fait divers bien réel survenu en 1941.
Dans une riche propriété de Dordogne, un triple meurtre barbare est commis. Le fils de la famille, Henri Girard (alias George Arnaud, plus tard écrivain célèbre et scénariste du Salaire de la peur) a tout du coupable idéal. Même s’il sera acquitté quelques années plus tard… 

L’écrivain parisien revêt son costume de détective à la petite semaine pour traquer la vérité.
P. Jaenada, comme dans son superbe La Petite Femelle, jongle entre une véritable enquête, diablement bien menée, et des apartés pleins d’autodérision qui saupoudrent le récit de drôlerie.
Vraiment, un écrivain unique !

Extrait

 Un jour, l’un de mes amis me dit “Tu devrais faire un livre sur mon grand-père, Georges Arnaud, il a été millionnaire, clochard, militant FLN, c’est lui qui a écrit Le Salaire de la peur, adapté au cinéma avec Montant et Vanel”. Je n’étais pas très chaud. Et puis, il ajoute : “Ah oui, il a aussi été accusé d’avoir tué une partie de sa famille, dont son père, à coups de serpe, en 1941…”. Là ça changeait tout, je me suis dit que je tenais un personnage de méchant comme j’en cherche toujours. Même si, en enquêtant, j’ai fini par gratter les couches de noir dont on l’avait recouvert… 

5 – Poignant : L’Homme qui m’aimait tout bas d’Eric Fottorino

Livre après livre, je remonte le fil autobiographique d’Eric Fottorino, ancien directeur du Monde, co-fondateur de la revue Le 1 et du nouveau magazine Zadig.
Forcément, comme j’ai commencé par Dix-sept ans, le dernière pièce du puzzle familial de l’auteur, je nage à contre-courant… en ayant eu un aperçu de la fin, si on veut…
D’autant plus que le livre Dix-sept ans est absolument superbe (je vous en parlais ici). 
L’Homme qui m’aimait tout bas est un magnifique monument érigé à la mémoire de son père. Cet homme qui offrit son nom en même temps que tout son amour à un enfant marqué par les stigmates d’une lourde histoire familiale. 

Extrait

 
Peut-être tout cela n’a-t-il de sens que pour moi et pour quelques personnes que j’aime, qui l’aimaient. Cela suffit. J’ai choisi l’écriture, ce continent d’incontinence, pour retenir ce qui peut l’être avant que le temps n’engloutisse tout ce qu’il fut dans les brumes de la mémoire. C’est dit, c’est écrit, il était ainsi, de chair et de soleil, d’ombre et d’éclat, et tous ces souvenirs qui affleurent, ces détails sans importance, son accent, son allure son regard, cette bonhomie, sa dignité, tout cela reste vivace, le fil n’est pas coupé puisque je le retrouve intact par l’énergie des mots qui donnent naissance à des images à des sons propres à le ranimer. Un plat nouveau préparé par ma femme, et je l’entends qui insiste : “Goûte ! Mais tu n’as pas goûté ! Goûte je te dis !” Cela valait pour tout : la polenta, les pois chiches ou le smen du couscous (du beure rance en sauce), pour les beignets de courgette ou l’ail qu’il cuisait au four et dégustait fondant à la petite cuiller. 

J’espère que ces quelques mots vous donneront envie de découvrir ces oeuvres, si ce n’est déjà fait !
Et vous qu’avez-vous lu en 2019 ? Et que lirez-vous en 2020 ?!

2 Comment

  1. En 2019, pas de nouveautés. Mais j’ai pris un grand plaisir à fouiller dans les boites à livres au gré de mes balades. Ainsi j’ai embarqué fiévreusement dans mon sac à dos, Philippe Delerm, Patrick Poivre d’Arvor, Colette pour relire avec délices ces ouvrages dont je m’étais séparés pour faire de la place dans ma bibliothèque à d’autres auteurs.

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