écrire son autobiographie L'atelier d'écriture

“Pourquoi n’ai-je pas partagé ce vécu plus tôt?”

La plupart d’entre nous considèrent que leur vie “n’a rien d’extraordinaire”. Elle n’en est pas moins digne d’intérêt pour autant ! Mais certains connaissent une destinée plus extravagante… C’est ce que raconte Claude dans son autobiographie dont elle a bien voulu nous livrer quelques passages. Avec notamment une enfance un peu décousue passée à l’étranger, du fait d’un père haut fonctionnaire. La guerre d’Indochine contraignit la famille à revenir en France dans les années 1950.

“La vie luxueuse à l’étranger, c’était fini”

” Avec la guerre d’Indochine, les Français ont dû quitter le territoire et être rapatriés au plus vite. Comme il se doit la famille s’est préparée à partir en premier tandis que mon père devait terminer de liquider les affaires d’État, et surtout, les dossiers de dommages de guerre en attente. 
Toute la famille s’est installée dans une petite ville de la Manche, où nous possédions une modeste maison prévue pour de courtes vacances. Comparée aux spacieuses demeures de Saïgon, nous allions devoir nous adapter et nous habituer à vivre les uns sur les autres ! La vie luxueuse des hauts fonctionnaires de l’État en Indochine était terminée. 

enfants à Saigon fin années 1940
accueil officiel aéroport de Saigon fin années 1940
Photos d’archives personnelles

Aller à l’école tous les jours, c’était très nouveau pour nous”

Nous avons dû être scolarisés et aller à l’école tous les jours, ce qui était très nouveau pour nous. Tout le long du chemin, des copines se joignaient à nous. C’était très joyeux, en bande, et nous ne nous rendions pas compte du chemin à parcourir. […]

Au sortir de l’enfance, j’étais une adolescente bien plantée sur mes deux jambes, sûre de moi, et très certainement insolente. J’avais tellement reçu que rien ne m’impressionnait vraiment. Il est vrai que vivre dans des palais avec des domestiques en permanence, être servie à toute heure du jour ou de la nuit, etc., cela déforme la réalité par rapport à des vies plus “classiques”. 

salle de classe bancs en bois
photo : skitterphoto

“On me taxait souvent d’affabulatrice”

Ce décalage a toujours renvoyé de moi une image insolente ou prétentieuse. J’avais beaucoup de mal à comprendre l’image que les gens percevaient de moi avec tout ce faste qui m’apparaissait normal, mais qui semblait tellement déroutant dans le regard de l’autre ! Quand on ne me taxait pas simplement d’affabulatrice ! 
Alors très vite j’ai cessé de me justifier lorsque l’on me questionnait. En revanche j’expliquais volontiers l’origine de mes lacunes. J’en avais tellement assez d’entendre : “Oh Claude ! Tu ne sais pas cela ?”

J’étais l’exotique”

Mais j’adorais l’école ! Tout était si nouveau ! L’école entière se mobilisait autour de nous, pour nous aider, nous guider, nous intégrer. 
Qu’importait mon âge, à un moment, la directrice a décidé de me garder dans sa classe. Toutes les petites filles avaient 13 ou 14 ans tandis que j’en avais 17 !
J’étais l’ “exotique”. Je recevais de l’aide de toutes parts. J’avais un vrai régime de faveur et je ne m’en rendais pas compte. Les élèves de la classe, sous la houlette de la directrice, se répartissaient une charge spécifique, par groupe de deux ou trois. Elles me faisaient travailler, réciter, répéter des phrases entières, des dictées de quelques lignes, mais je faisais dix à quinze fautes en trois lignes.
C’était un vrai cauchemar que d’apprendre un français correct à mon âge ! J’apprenais d’oreille, mais je n’avais jamais fait de grammaire. L’urgence était donc l’acquisition de la langue avec une écriture compréhensible et une lecture plus fluide. 

N’aie jamais honte de ne pas savoir. Demande !” 

Avant toute chose, en arrivant chaque matin, Madame D., la directrice, attachait ma longue chevelure. Je me souviens aussi que nous devions porter un tablier. Le mien était en nylon blanc et parme et je le trouvais très joli. Je me rappelle aussi notre premier hiver quand notre nounou, que nous avions encore, nous obligeait à porter en sous-vêtement du papier journal pour nous protéger du froid. Un peu plus tard le journal fut remplacé par une ouate orange que ma mère achetait à la pharmacie et qui était destinée à préserver nos poumons. 
Je dois beaucoup à Madame D. qui m’avait prise en affection et qui ne m’a pas lâché la main pendant des années. Dès que l’occasion se présentait, j’allais lui faire part de mes progrès, de l’évolution de ma vie et de mes projets. Comme j’ai aimé cette femme ! C’est à elle que je dois le goût d’apprendre. Elle me répétait sans cesse :
“N’aie jamais honte de ne pas savoir. Demande !”
Cette phrase anime ma vie encore tous les jours. […]

La chance, ça ne s’insulte pas !”

Vieillir n’est pas une angoisse. C’est arrivé sans que je m’en aperçoive. Je suis étonnée d’avoir déjà soixante-seize ans et des poussières… Je crois avoir eu un régiment d’anges gardiens à ma naissance pour veiller sur moi. À chaque moment de ma vie, la chance m’a été favorable. Et la chance, ça ne s’insulte pas ! Il faut la saluer quand elle se présente ! 

caisse en bois pleine de photos


Comment se plaindre quand la vie vous gâte en permanence ? Sans contraintes, les jours se sont succédé les uns après les autres. J’ai toujours fait ce que j’aimais quotidiennement. […]

Je suis parvenue à coucher sur papier le tourbillon de ma vie extravagante”

Un jour, j’ai suivi la suggestion d’un amie à qui je parle sans retenue et raconte quelques bribes de vie. Grâce à elle, et à cette chère Julie qui m’a fait découvrir la possibilité d’écrire et de coucher sur papier le tourbillon de ma vie extravagante, j’ai écrit les grandes lignes de mes souvenirs. Grâce à leurs encouragements, ainsi qu’à l’aide d’une participante de l’atelier, Isabelle, j’ai avancé laborieusement, même s’il m’est impossible de rentrer dans les détails. Mais c’est tout de même avec plaisir que j’y suis presque parvenue. 

photo : Dominika Roseclay

Mes émotions ont été mises à l’épreuve. Cela ressemblait à une enquête et c’est une véritable psychothérapie que d’analyser les émotions si mal gérées de ma riche existence. Navigant à travers le monde en différentes langues et avec des parents d’origines si diverses, tout ce qui peut sembler être une richesse et un privilège peut aussi se révéler une difficulté. 

Aujourd’hui encore, mon livre est terminé mais j’ai envie d’aller plus loin dans l’exercice.
Pourquoi n’ai-je pas partagé tout ce vécu plus tôt ? 

Je vous avais déjà parlé de l’aventure de Claude dans ce post…

2 Comment

  1. Quel beau témoignage ! C’est vrai que Claude a eu une vie très riche et j’admire la façon dont elle en parle, généreusement. Pour nous c’est aussi un enrichissement et une invitation à se livrer un peu plus…
    J’ai un petit faible pour Mme D. qui a résumé en une phrase ce que l’on devrait se dire devant les difficultés de la vie. Merci encore pour ce beau témoignage.

    1. Merci pour elle !
      C’est vrai que cette phrase “N’aie jamais honte de ne pas savoir, demande !” est un vrai sésame dans la vie.
      Oser avouer son ignorance, ce n’est pas si facile… Mais sans doute le moyen le plus efficace de progresser, dans tous les domaines !

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