Défi "confinés inspirés"

Défi J 13 : Le temps de… (2/3)

Qu’est-ce qui a changé dans votre emploi du temps depuis le confinement ? Quelles nouvelles activités rythment désormais vos journées, loin des vôtres ? 
Voici les textes de Michèle, Alain, Denis, Alice et Lise !


Je ne vois plus le temps passer (Michèle)

Quand j’ai reçu le message de Julie sur ma boîte mail, proposant d’écrire pendant le confinement, j’ai trouvé l’idée intéressante et même amusante. Je n’avais aucune idée d’où cela pouvait me conduire à part peut-être venir à bout de mon ennui… Oui, je m’ennuyais ferme, sans but, à manger aux heures fixes et dormir le reste du temps. 

Suivant mon humeur, j’écoutais de la musique comme un bruit de fond. Pour éviter ce silence haletant, oppressant de la rue à cause du manque de toutes activités. Je participais déjà au mutisme général, guettant les symptômes du coronavirus, attendant la mort annoncée…

La grande fatigue gagnait du terrain de jour en jour. Je n’avais plus la force de me rebeller. J’écoutais la télévision qui nourrissait toutes mes angoisses et la peur du lendemain. J’étais dans la confusion mentale. Je ne savais plus si je devais employer le mot chaos, ou guerre ou décadence de la société. 
La peur de mourir sans revoir mes enfants me faisait sangloter le soir avant de m’endormir. Puis la peur de dormir s’est emparée de moi : et si je ne me réveillais plus ?
C’est dans cet esprit complètement noir, que ce matin-là, je lis sur ma messagerie électronique que :
« [Julie] propose à ceux qui le souhaitent un petit défi d’écriture quotidien avec un exercice par jour. Chaque matin, je vous envoie une courte consigne d’écriture, un sujet sur lequel lancer votre plume ».

Sans réfléchir, j’attrape au vol cette bouée qui m’est lancée et je m’inscris. Arrive le premier thème, sur la balade réelle ou imaginée, le sujet me plaît. Les doux souvenirs de l’été me reviennent petit à petit. Miracle, je ressens quelque chose de bon, d’agréable. Les mots arrivent doucement. Mon cerveau se détend. Ma main accepte de suivre le pas pour retrouver l’île de l’imagination.
Je ne suis plus prisonnière.
Je retrouve la faculté de penser.
Ce premier texte a été une grande bouffée d’air pur avec le soleil pour complice. 

Je ne vois plus le confinement comme un calvaire mais un moment pour me rapprocher de moi, de mes émotions, de dire à tous ce que je ressens, de l’importance qu’ils ont à mes yeux.
Maintenant, tous les matins, après ma bonne tasse de café, je m’habille joliment pour m’installer devant mon ordinateur et lire le mot de Julie sur le sujet du jour. 

Je ne vois plus le temps passer.
J’écris.


Le tour des Camaldules (Alain)

Hier après-midi quand des voisins (respectant les distances) m’ont aperçu à bicyclette, ils m’ont dit : « Le tour de France sera peut-être annulé », j’ai répondu : « Certes mais le tour des Camaldules est maintenu ».

L’endroit où est située notre demeure est l’entrée d’une rue se terminant par une raquette. Son nom est « Allée des Camaldules ». Au milieu des années 70, une dizaine de maisons y ont été construites.
Camaldules, le nom vient de Camaldoli en Italie, à soixante-dix kilomètres à l’est de Florence, juste au-dessus de Poppi, province d’Arezzo. Fin 12e /début 13e, Saint Romuald y a créé un ermitage. De nos jours, encore, l’intérieur n’est pas accessible au public.
Nous y sommes passés en juin 2017, c’est dans un site vallonné, boisé, exceptionnel, à 1 100m d’altitude. Pendant les deux heures au cours desquelles, en milieu de journée, nous avons marché dans le coin, quasiment pas âme qui vive. Un sentier pédestre contourne en surplombant ce lieu. Il permet de découvrir un ensemble de toutes petites maisons/cellules où chaque cénobite vit.

Nous avons la possibilité de faire le tour de notre maison, notre terrain faisant environ 900 m2. Depuis le début de la semaine passée, j’ai mis au point un mini-tour cycliste. A effectuer en milieu d’après-midi, il dure environ quinze minutes…
Le point de départ du VTT et de son cavalier est l’arrière du garage. Départ en longeant le mur de clôture de Ginette, notre voisine de derrière, (dixit Coluche – en agent de la circulation : « Jolie prénom ça Ginette, c’est votre petit frère ? Ah votre fils, circulez »).

J’arrive au coin nord-est de notre propriété et contourne le noisetier, je me glisse entre la haie et le parterre d’iris (commençant à fleurir), je contourne notre table de jardin (en fin de vie) et le cèdre.

Après, je fais le tour d’un petit arbre de Judée et notre magnolia. Je me dirige vers le coin sud-ouest du jardin en contournant le massif aménagé par un paysagiste (c’est le seul dans ce cas). Par le portillon, je sors dans l’allée des Camaldules.

Je passe la quatrième vitesse et je vais faire trois cercles au fond de la raquette, en accélérant je fais la ligne droite m’emmenant à la limite de l’avenue de l’Abbé Guichard. Au retour, direction le fond de la raquette, je me fais un petit sprint.

Je reviens chez nous, juste devant la maison, je contourne le sapin bleu. Je passe devant le garage, en direction de l’est…  Là, je me glisse entre le muret et le tilleulContinuant dans la même direction je laisse à ma gauche, un petit arbre sur le point de rendre l’âme (je ne connais pas le nom de l’espèce). 

Juste avant le mini potager de madame, je contourne un assez maigre bouleau et je reviens vers la terrasse avant de recommencer le circuit. Je varie le sens de mes rotations et je termine par d’autres mini sprints, allée des Camaldules et derrière la maison.  
Ma récompense est un cocktail (sans alcool), je n’ai pas besoin de shaker, une dose de Pago orange mixée avec une dose de Perrier citron vert.


Activité d’intérieur (Denis)

« Qu’il est doux de ne rien faire quand tout s’agite autour de vous ! ». Rétrospectivement, je pourrais trouver une certaine vérité dans cette expression, utilisée dans un autre temps, ce temps béni où le confinement n’était ni d’actualité ni même envisagé. En ce temps-là, pas plus ancien qu’un mois mais il durait pour moi depuis si longtemps, peut-être bien toujours, quelqu’un s’occupait du nettoyage de notre logement, du ménage en particulier. Pour la plupart, ces femmes de ménage me sont restées inconnues ou presque.

 Mais, depuis près d’un mois celle que je voyais arriver et passer chez nous deux matinées par semaine ne vient plus, confinée qu’elle est elle-même à son domicile. Conséquence : le ménage n’est plus fait dans notre appartement ! On ne remarque pas trop au cours des premiers jours, mais progressivement, cela devient évident que quelque chose a changé et qu’il va falloir trouver une solution.

C’est ainsi que, suivant cet implacable raisonnement selon lequel la poussière n’allait certainement pas disparaitre toute seule, comme par enchantement, j’ai entrepris de faire la découverte du maniement de ce surprenant engin qu’est « un aspirateur ». Dans ma mémoire très floue à son propos, il s’agissait d’une machine dont le moteur émettait un bruit assourdissant, qu’il fallait trainer d’une pièce à l’autre et dont il fallait vider le sac récupérateur de la poussière engloutie après chaque usage. Quel ne fut pas mon étonnement en découvrant que la technologie avait fait de très sérieux progrès : moteur silencieux, sac de bonne capacité qui doit être remplacé une fois rempli (et non vidé), fil d’alimentation de bonne longueur qui permet de rayonner dans la moitié de l’appartement à partir d’une seule et même prise électrique murale (il parait même qu’il existe maintenant des aspirateurs sans fil, dotés de batteries…, on n’arrête pas le progrès !).  

 Voici pour ma nouvelle activité, un peu incongrue me direz-vous ; j’en apprécie l’humble noblesse besogneuse ! Elle ne m’occupe certes pas à plein temps, mais une bonne heure tous les deux jours. C’est pour moi une véritable découverte, mais pas une passion car j’apprécierai certainement le retour à l’ouvrage de notre chère femme de ménage. Mais quand reviendra-t-elle ? En attendant, c’est moi qui passe l’aspirateur à la maison !


Du sport, moi ?! (Alice)

Je suis arrivée à La Rochelle il y a un mois.
Ce qui devait être un simple week-end en famille s’est vite transformé en confinement chez ma mère. Ayant toutefois anticipé que je serai certainement en télétravail et que je pourrais éventuellement en profiter pour rester un peu plus longtemps. En faisant ma valise la veille de mon départ, j’ai donc embarqué le legging et la brassière que j’utilise habituellement pour les pilates : grand bien m’en a pris !
Je ne m’attendais pas toutefois à faire autant d’exercice que ce que nous faisons, ma mère et moi, depuis trois bonnes semaines. Sentant qu’un peu d’activité physique nous ferait certainement le plus grand bien, nous avons commencé par faire des pseudos exercices, avec les quelques souvenirs que nous avions de nos cours respectifs. Ce fut toutefois un peu laborieux, car nous devions sans cesse prendre le temps de réfléchir à l’activité suivante. Au bout de quelques jours, ma mère a trouvé sur You Tube une chaîne (Covid-19 training) sur laquelle sont publiées quotidiennement des vidéos pour entretenir sa forme physique en une demi-heure.
Un essai nous a suffi pour être conquises. Le coach, Cédric, réussit la prouesse de nous motiver et de nous faire tenir, tout cela avec dynamisme et humour. Moi qui n’ai jamais été une grande sportive, je dois dire que ça fait un bien fou ! Enfin… ça fait mal aussi ! Mes cuisses, adducteurs, bras et abdos le sentent passer. Cette pratique nous fixe un cadre et des objectifs, essentiels pendant cette période de réclusion inhabituelle. Et cela nous donne une raison d’être fières : n’est-ce pas merveilleux ?
C’est donc avec énergie et détermination que nous faisons régulièrement (pas quotidiennement, mais presque !) cette demi-heure d’exercice. Je suis d’ailleurs curieuse de savoir ce que Cédric nous réserve pour ce soir… ! 


Du temps avec toi (Lise)

Chaque jour, depuis le début du confinement, et malgré la distance qui nous sépare, je passe une partie de mes journées avec toi. 

Chaque jour, je me réjouis de recevoir le sujet que nous adresse Julie, début de notre journée ensemble. Même si je reçois le message avant, j’attends mon café pour prendre le temps de découvrir l’objet de notre activité du jour. 

J’apprécie le petit message que nous échangeons parfois pour en parler, l’occasion de se motiver si l’un d’entre nous manque d’inspiration, ou de partager notre enthousiasme. 

La journée démarre, chacun de notre côté. Je ne connais pas précisément le programme de ta journée et je ne te fais pas part des détails du mien. Mais je sais que nous avons un sujet de préoccupation en commun, qui n’est ni le virus du moment, ni les nuages menaçants qui planent au-dessus de toi depuis plusieurs mois.  Du neuf, de l’inattendu, qui nous permettent d’explorer des zones de nos cerveaux qu’on ne pourrait pas partager autrement.

Je suis rapidement emportée dans le tourbillon de ma journée : les enfants, le travail, les réunions téléphoniques qui se succèdent et m’engourdissent le cerveau… mais tu es là, dans un petit coin de ma tête : je t’imagine assis derrière ton bureau, sérieux, face à ton écran, en train de rédiger ta copie du jour. Je te vois, un petit sourire aux lèvres en te relisant… Et cette pensée me réjouit. 

Quelques heures plus tard, je reçois un e-mail que j’attends avec impatience et qui contient le fruit de ton travail, accompagné d’un petit mot.  Ces quelques lignes, pudiques, commentent mon texte de la veille et esquissent ton état d’esprit suite à ta production du jour.  Je ne lis jamais ton texte immédiatement, je le garde précieusement en attendant d’avoir terminé le mien.

Je réfléchis au sujet toute la journée, mais c’est en général assez tard dans la soirée que je pose mes idées sur l’ordinateur. Sauf exception, les mots me viennent d’un coup et l’exercice de rédaction en tant que tel est souvent rapide. En écrivant, je pense à toi, et je me demande ce que tu vas en penser. Car oui, si on écrit c’est forcément pour être lu. Moi, j’écris pour toi, pour vous, car je sais que Maman lit aussi.

Le point final de mon texte, m’offre le droit de lire enfin le tien. La plupart du temps, je souris, parfois je ris en te lisant. Et chaque fois, c’est ta voix que j’entends lire dans ma tête, comme si tu étais près de moi, le temps d’un texte d’une page. Alors je t’adresse à mon tour mon texte, et c’est en général sur ce message que se termine ma journée. 

Avant ce défi, je n’avais jamais écrit. Toi, oui. Je t’ai lu il y a plusieurs mois. Je me suis délectée de chaque page de ton livre. Et depuis que je l’ai terminé, j’espère avoir d’autres occasions de te lire. 

22 mars 2020, mail de Julie : « Le problème, c’est aussi cette ambiance, anxiogène. Vous ne trouvez pas ? L’inquiétude qu’on nourrit pour ses proches, pour le futur. Mais bref, justement, si on pensait à autre chose ? Et si on écrivait sur autre chose ? »

En recevant ces quelques lignes, j’ai saisi l’occasion de partager ça avec toi. Dans cette période si particulière, qui nous tient éloignés les uns des autres, qui t’empêche même de rencontrer ta petite fille toute neuve, je n’ai plus l’impression que le temps qui passe est perdu. Car ce temps-là, d’une certaine manière, je le passe avec toi. Il m’arrive même d’espérer que ça dure un peu plus, rien que pour ça.

2 Comment

  1. Michèle, votre texte m’a beaucoup touchée. Continuez d’écrire et profitez de ces bouffées d’air que Julie nous propose.
    Lise

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *