Défi "confinés inspirés"

Défi J6 : Racontez-moi des salades ! (2/3)

On arrête de tirer le diable par le queue, on se pose et on écrit…
La suite de vos expressions préférées ou honnies,
avec les textes de Margaux, Églantine, Lise, Joëlle et Marie !

Photo : Sahinsezerdincer

(Margaux)

Ma mère possédait un répertoire bien fourni de citations :
« Ne pas mettre la charrue avant les bœufs » ; « Le jeu n’en vaut pas la chandelle » ; « Tirer des plans sur la comète » ; « Une vache n’y trouverait pas son veau. » ; «   Pierre qui roule n’amasse pas mousse. » ou encore « Les petits ruisseaux font des grandes rivières. »

Cependant, il est vrai qu’à la réflexion, il y en a une que je n’aime pas beaucoup. Ma mère qui la tenait de sa mère l’utilisait souvent. A vrai dire, j’ai un peu honte de vous la dire tellement elle est disgracieuse. Bon la voici :
«  Je n’ai pas un moteur dans le derrière »…
Au début, moi aussi je l’utilisais quand, avec les enfants et le travail, j’étais débordée… Mon fils aîné m’a ouvert les yeux car cette expression le faisait rire et à la longue il se moquait. J’ai alors pris conscience du peu d’élégance de cette expression.


Trop beau pour être vrai (Églantine)

Une expression de mes parents a donné lieu à l’une de mes plus grandes déceptions enfantines lorsqu’un soir, ils m’ont annoncé que nous allions au « cinéma des petits draps blancs »

J’ai bondi de joie en pensant que pour une fois, nous allions nous autoriser une entorse au couvre-feu de neuf heures qui m’était injustement imposé chaque soir, même quand j’étais pas du tout du tout fatiguée. Je nous imaginais déjà tous ensemble devant l’immense écran sur lequel serait projeté un film d’aventure ou un dessin animé hilarant.
J’étais en train d’aller chercher mon manteau en sautillant quand ma mère m’a appris qu’il ne s’agissait que d’une simple expression qui signifiait qu’il était temps d’aller au lit. 

Quelle trahison ! J’ai sûrement pleuré un peu après ça. On avait abusé de ma confiance ! Ce jour-là, en plus de l’expression responsable de mon malheur, j’ai aussi appris bien malgré moi ce que signifiait être « trop beau pour être vrai ». On ne m’y a plus jamais reprise !


(Lise)

Enfant, je me souviens avoir fièrement lancé « en route mauvaise troupe ! » à ma grand-mère, sortie instantanément sanctionnée d’une tape sur les fesses, qu’aujourd’hui encore je ne comprends pas !

Je garde en mémoire le sourire de ma sœur qui prenait sur elle pour masquer sa déception quand tous les invités de leur mariage lui disaient pour la rassurer « mariage pluvieux, mariage heureux ! ». Heureuse, elle l’était ! Mais elle avait froid.

Ou encore ma première rencontre avec notre voisine qui m’a dit au sujet de notre autre voisin qu’il s’agissait d’un « mauvais coucheur », expression que j’ignorais à l’époque. Une fois l’expression décryptée, j’ai rapidement compris que c’était elle la mauvaise coucheuse !

Mes expressions préférées, par-dessus toutes, sont les expressions déformées ou inventées !

J’entends encore ma grand-mère se désoler il y a une vingtaine d’années, de notre époque qui ne tournait déjà pas rond et dire, défaitiste, « de toutes façons, un jour on sera tous génétiques ». Nous savions tous que ça n’avait pas de sens, mais nous savions tous ce qu’elle voulait dire et je me souviens en avoir eu froid dans le dos. 

Le champion, toutes catégories confondues en la matière est mon frère. Rêveur et un peu maladroit, les mots sortent souvent de sa bouche un peu avant que sa langue n’ait fini d’y tourner sept fois ! Un soir, adolescent, il s’agaçait contre moi pour je ne sais plus trop quelle raison… et m’a dit « bon ça va, tu vas pas nous gonfler un nounours ! », expression qui a déclenché un fou-rire général et désamorcé sa mauvaise humeur. Le même soir, déchaîné, il avait aussi affirmé « ça ne casse pas 3 pattes à un pendule », je ne me souviens plus de quoi il parlait. Ce qu’il me reste de cette soirée d’été, c’est la complicité de la famille et le rire communicatif de mon frère.

Pour finir, je vous soumets une expression empruntée à mon premier patron, qui guide depuis des années une grande partie de mes décisions « quand la soupe est chaude, mieux vaut souffler dans le yaourt ».
Vide de sens, vraiment ? 


(Joëlle)

Virginie arrive avec un joli bracelet fantaisie, je lui lance : « Il fait un effet bœuf ton bracelet » ?
Bœuf ? me dit-elle…de quoi tu parles ? 

« Il faut garder une poire pour la soif », disait mon père, autrement dit, il ne faut pas tout dépenser !

L’expression que j’adore : « Gouverner c’est prévoir » !

Celle que je n’aime pas, pour dire jadis qu’une fille était enceinte : « elle a un polichinelle dans le tiroir » !

Mais bon, ça ne casse pas trois pattes à un canard !


Les expressions qui tuent…
(Marie S)

Mon père en avait quelques-unes qui pouvaient laisser songeur.

Lors des repas familiaux, six enfants à table, alors que nous ne voulions pas terminer notre assiette, il nous scandait :  « Ça vous pend au nez, j’vous dis ! » 
Mais quoi donc ? Je vérifiais que rien ne dépassait de mon p’tit nez…
C’est en rédigeant mon autobiographie que j’ai compris le sens de cette phrase. Mon père avait eu très faim lors de la seconde guerre Mondiale alors qu’à 13 ans il était garçon de ferme. C’est pourquoi il ne pouvait supporter que l’on gaspille la nourriture et il nous prévenait que la troisième guerre pouvait arriver…

Toujours dans le même style, mais plus difficile à entendre, pour les enfants que nous étions et alors que nous attendions quelques encouragements…
« Bande de bons à rien, c’est ni fait ni à ‘foutre’ »…
On peut imaginer la force des mots et probablement sont-ils ceux qu’il aura entendus petit…  A cette époque, dans le monde rural, le travail était aussi le quotidien des enfants.

Enfin, une expression qui m’a très vite fait peur : 
« A dix-huit ans, dehors ! »
Là encore, si nous ne l’aidions pas assez dans les tâches de jardinage ou à la maison, il nous signalait que notre présence dans le foyer ne devait pas lui coûter trop cher : c’était encore cette peur ancestrale de manquer…
Pour ma part, j’ai bien compris le message puisque je suis partie loin de ma famille à l’âge de mes 20 ans ; j’étais déjà en retard de deux ans… 

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